
Bonsoir, Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonsoir.
Bernard THOMASSON
Nicolas SARKOZY a-t-il raison de prendre son temps, de prendre un peu de recul pour réagir face à la crise financière actuelle ? D'ailleurs, que peut-il faire ?
Ségolène ROYAL
Je pense, au contraire, qu'il y a urgence. Ce qui est quand même paradoxal, c'est qu'il y a quelque temps, on nous expliquait qu'on ne pouvait rien faire par rapport aux marchés financiers. Là, on voit le pays le plus libéral au monde, les Etats-Unis, décider de la nationalisation de deux banques et d'une assurance. Je me souviens, lorsqu'il y a eu le scandale de la SOCIETE GENERALE, où j'avais demandé que l'on examine la nationalisation de la SOCIETE GENERALE, tout le monde avait protesté, avait hurlé. Aujourd'hui, ces choses paraissent possibles. Donc, moi, je crois qu'il y a urgence. Pourquoi ? Parce que c'est aux pouvoirs publics d'intervenir pour que ce ne soit plus les banques qui, toutes seules, décident de la destination de leurs crédits. De quoi a-t-on besoin aujourd'hui en France ? On a besoin d'une banque nationale – je le dis très clairement – pour les petites et moyennes entreprises, qui, aujourd'hui, ont le plus de besoins financiers parce que ce sont elles qui innovent et qui créent des emplois et ce ne sont pas elles qui reçoivent les crédits bancaires. Deuxièmement, on a besoin d'une réglementation, la responsabilité politique est totalement engagée, on a besoin…
Bernard THOMASSON
… Vraiment face à l'économie mondiale aujourd'hui, vous croyez que l'Etat peut intervenir de façon positive ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr. Je vais vous donner un exemple très précis. Aujourd'hui, il y a des millions de familles en France qui sont surendettées parce que les banques prennent des pénalités bancaires qui vont jusqu'à 18 % quand il y a un découvert bancaire. Lorsqu'au milieu du mois ou à la fin du mois, on est en découvert bancaire, les banques prennent ces pénalités. Lorsque, le mois prochain, on reçoit son salaire et qu'on est en excédent bancaire, là, les comptes ne sont pas rémunérés. Donc, moi, ce que je demande, c'est que le responsable politique, qu'est le gouvernement, mette fin à ces abus de tarification bancaire et que, par exemple, très concrètement, on calcule les excédents et déficits bancaires sur la durée de l'année. On aurait ainsi des ménages beaucoup moins surendettés. Donc, vous voyez, deux propositions : une banque nationale pour prêter aux PME pour qu'elles puissent développer leurs activités, innover et créer des emplois ; deuxièmement, une réglementation très ferme sur les banques pour qu'elles cessent les abus des tarifications bancaires qui font basculer les ménages dans le surendettement.
Bernard THOMASSON
Est-ce que vous êtes favorable à la réduction des niches fiscales pour financer le RSA et est-ce que les socialistes doivent voter l'amendement PECRESSE… l'amendement, pardon… DAUBRESSE, qui va dans ce sens, député UMP ?
Ségolène ROYAL
Il y a aujourd'hui 73 milliards d'exonérations sur des dépenses spécifiques. Cela voudrait dire que si l'on supprimait une partie de ces niches fiscales, par exemple 20 milliards de niches fiscales, on pourrait baisser l'impôt de 1 000 euros pour 20 millions de contribuables. Voilà ce que ça veut dire.
Bernard THOMASSON
Donc, vous voterez l'amendement DAUBRESSE…
Ségolène ROYAL
Non. Pas en l'état. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, il y a une suppression des niches fiscales sans diminution des impôts pour tout le monde. Moi, je veux la suppression des niches fiscales, mais je veux que le gouvernement nous dise de combien les impôts vont baisser pour tous les Français.
Bernard THOMASSON
A propos de fiscalité, Jean-Louis BORLOO, qui doit voir demain Nicolas SARKOZY, a du mal à faire passer ses malus écolos. Vous qui avez été ministre de l'Environnement, vous le soutenez dans son bras de fer face à Bercy ?
Ségolène ROYAL
D'abord, je voudrais dire que c'est toujours difficile pour un ministre de l'Ecologie et de l'Environnement d'imposer d'autres façons de produire, d'autres façons de consommer, d'autres règles. Mais je pense en même temps que la protection de l'écologie ne doit pas être punitive. Une politique environnementale, ce n'est pas seulement une accumulation d'impôts. Quand on en vient à taxer les pique-niques, comme le propose le gouvernement actuel, je crois que là, on n'est pas dans une écologie sérieuse. Ce que je veux, c'est qu'il y ait des exonérations pour les entreprises, comme je le disais tout à l'heure, une banque qui serait nationale, qui serait spécialisée pour les PME et PMI très innovantes dans le domaine de l'environnement et de l'innovation et qui pourrait débloquer très rapidement des prêts pour que les entreprises aillent de l'avant sur habiter autrement, les nouveaux matériaux, les filières bois, l'éolien, le solaire…
Bernard THOMASSON
Donc, ce n'est pas aux particuliers à mettre la main au porte-monnaie une nouvelle fois, c'est ce que vous dites…
Ségolène ROYAL
Non, ce n'est pas aux particuliers de payer l'impôt. C'est aux pouvoirs publics d'encourager les prêts aux entreprises et l'innovation et le développement économique sur une filière, en plus, créatrice d'activités et d'emplois.
Bernard THOMASSON
Ségolène ROYAL, pour faire face à Nicolas SARKOZY, le PS a besoin de se rénover, d'être de plus en plus fort. François HOLLANDE soutient désormais officiellement Bertrand DELANOË. Le lui reprochez-vous ?
Ségolène ROYAL
Vous savez, je me suis imposée une règle, compte tenu de la dégradation du débat au Parti socialiste, de l'exaspération, non seulement des militants, mais des Français face à la guerre des chefs, aux opérations d'appareils, je ne veux plus aborder ces questions-là. Je pense que, honnêtement, toutes ces questions de répartition de pouvoirs ou d'ego doivent être reportées…
Bernard THOMASSON
C'est parce que vous sentez que ce duo, Bertrand DELANOË et François HOLLANDE, a des chances de l'emporter ? Vous avez peur de perdre ?
Ségolène ROYAL
Ce que j'ai peur, c'est de la dégradation du débat. Ce que je crains, c'est que les problèmes de fond ne soient pas débattus. Or, il y a aujourd'hui des problèmes à débattre. En particulier, regardez la question de l'école, ce qui vient d'être annoncé ou les déclarations, que monsieur DARCOS vient de faire, sont tout à fait déplacées. Le passage de la semaine scolaire à quatre jours, je pense que c'est un gros problème, c'est une grosse régression scolaire pour les enfants. Quand on…
Bernard THOMASSON
Donc, vous allez maintenir votre motion, vous allez maintenir votre volonté de proposer quelque chose ?
Ségolène ROYAL
Mais bien sûr. Parce que, justement, ce sont des idées qui sont mises au débat. En particulier, puisque nous parlions tout à l'heure de fiscalité, l'idée d'une vraie révolution fiscale qui consisterait à mettre en place le prélèvement à la source, c'est-à-dire à faire en sorte que chaque citoyen puisse connaître exactement le montant de ses impôts et percevoir désormais un salaire net d'impôts. Voilà, par exemple, une réforme qui est très importante et qui va dans la direction de la citoyenneté, c'est-à-dire de transparence et de justice sur la raison fiscale.
Bernard THOMASSON
Donc, votre motion, si elle arrive en tête, vous serez éventuellement candidate à être Premier secrétaire à ce moment-là, c'est un peu comme ça que vous voyez les choses…
Ségolène ROYAL
Non. Ce n'est pas comme ça que je vois les choses. Je vois les choses de la façon suivante. Le congrès du Parti socialiste va définir l'avenir du Parti socialiste. C'est-à-dire, oui ou non, est-ce qu'au cours de ce congrès, les militants socialistes vont faire le choix, d'abord, de la continuité des idées neuves qui se sont levées pendant la campagne présidentielle et auxquelles 17 millions de Français ont cru ? Oui ou non, les militants socialistes vont-ils choisir le renouvellement des équipes à la tête du Parti socialiste ? Oui ou non, les militants du Parti socialiste vont-ils choisir l'avenir contre les méthodes du passé ? Oui ou non, les militants du Parti socialiste vont-ils permettre aux Français de croire à une alternance future ? Est-ce que le Parti socialiste va donner, à nouveau, envie d'attirer vers lui de nombreux adhérents et de nombreux sympathisants ? Voilà quel est l'enjeu et je serai là, puisque je suis…
Bernard THOMASSON
Même si c'est Bertrand DELANOË qui devient Premier secrétaire, vous continuerez à être là, présente avec le PS…
Ségolène ROYAL
Je serai là pendant et je serai là après, dans une démarche participative. Puisque la motion que je dépose est la seule qui a été élaborée avec plusieurs milliers de contributeurs.
Bernard THOMASSON
Merci, Ségolène ROYAL