
Nous devons rapidement… redonner au Trésor de chaque pays la prérogative de l’émission monétaire directe,... Le besoin urgent de canaliser d’importantes quantités de crédit à long terme dans les secteurs productifs de l’économie, de même qu’une meilleure compréhension, par rapport aux premières expériences du XVIIIe siècle, du rôle de la technologie et de l’infrastructure dans le développement économique, justifient la réhabilitation de cette manière d’émettre la monnaie, avec quelques ajustements.
L’émission et la mise en circulation du nouveau crédit productif se fera en utilisant la procédure suivante : d’abord, à la demande du Trésor, l’assemblée législative sera invitée à voter l’émission d’une quantité déterminée de monnaie nouvelle.
Ensuite, une partie de cette somme sera déposée dans une banque nationale contrôlée par l’Etat, puis prêtée aux banques commerciales privées par une « fenêtre d’escompte » qui permettra à la Banque nationale d’avancer, jusqu’à hauteur d’un certain pourcentage, des sommes d’argent sur une partie des prêts préalablement accordées, et selon des critères prédéfinis, par les banques commerciales aux entreprises. Ce couplage de l’argent neuf avec celui déjà en circulation en vue d’objectifs stratégiques permettra d’obtenir un effet maximal avec une émission monétaire minimale.
Une autre partie de cet argent neuf sera prêtée aux agences gouvernementales - à travers un fonds d’équipement - chargées de développer l’infrastructure d’intérêt général dans le domaine des transports, de l’énergie, de l’eau, etc., ainsi que dans le domaine de la recherche scientifique fondamentale.
En aucun moment cependant, la monnaie nouvellement émise servira à financer les dépenses courantes de l’Etat. Cette distinction entre dépenses d’équipement et dépenses de fonctionnement constitue un élément de sécurité contre la dévaluation liée aux abus d’émission monétaire.
La principale sécurité sera cependant de faire en sorte que l’argent neuf soit utilisé de manière à induire des gains de productivité maximaux, tant par le développement de l’infrastructure que par l’introduction de technologies nouvelles dans les secteurs liés à la production de biens tangibles. Plus les technologies seront avancées, plus les gains de productivité seront élevés.
Ce sont ces gains de productivité qui permettront ensuite de contrer les effets intrinsèquement inflationnistes à toute forme d’émission monétaire, directe ou indirecte. Voilà le secret d’une politique monétaire compétente.
Tire d’un texte de Benoit Chalifoux
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